Vue extérieure d'un bâtiment de bureaux avec de grandes fenêtres, montrant plusieurs étages de bureaux éclairés la nuit. On peut voir des employés travaillant à l'intérieur, illustrant l'activité continue dans un environnement de bureau.

Canicule à l'école : quelles obligations pour les collectivités ?

Introduction

Chaque épisode caniculaire ramène la même question sur le bureau des maires, des présidents de département et de région : sommes-nous en règle ? La réponse est plus nuancée qu’il n’y paraît. Contrairement à d’autres risques (incendie, amiante, accessibilité), il n’existe aucun seuil réglementaire unique de température imposant la fermeture d’un établissement scolaire. Pour autant, cela ne signifie pas que les collectivités n’ont aucune obligation.

Depuis 2025-2026, un cadre juridique et opérationnel s’est considérablement renforcé : nouveau décret sur l’évaluation des risques liés à la chaleur, plan ministériel de gestion des vagues de chaleur, obligations de diagnostic du bâti, et exigences techniques comme le Décret BACS qui s’appliquent aussi aux établissements scolaires. Cet article fait le point complet sur ce que la loi impose réellement aux communes, départements et régions, propriétaires du patrimoine scolaire français.



Qui est responsable de quoi ? La répartition des compétences

Le patrimoine scolaire français est géré selon un principe de répartition des compétences bien établi, qui détermine directement qui doit agir en cas de vague de chaleur :

Niveau scolaireCollectivité responsable des bâtimentsRôle en cas de canicule
École primaireLa commune, propriétaire des locauxLe maire peut prendre un arrêté municipal de fermeture exceptionnelle, en coordination avec la préfecture
CollègeLe départementDécision de fermeture en lien avec le rectorat et la préfecture
LycéeLa régionDécision de fermeture en lien avec le rectorat et la préfecture
Tous niveaux, cas extrêmeLe préfetPeut ordonner des fermetures en vigilance rouge, après dialogue avec les autorités académiques et le maire

Cette répartition n’est pas qu’une question de gouvernance : elle détermine directement qui doit investir dans l’adaptation du bâti face aux vagues de chaleur. Une commune ne peut pas se reposer sur le département pour rénover une école primaire, et inversement.



L’obligation de sécurité : le socle juridique commun

Une obligation générale, mais sans seuil chiffré

Le principe fondamental applicable à toutes les collectivités découle de l’article L4121-1 du Code du travail : « l’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé » des personnes concernées, via des actions de prévention, d’information et de formation, ainsi qu’une organisation et des moyens adaptés. Ce principe s’applique aux collectivités territoriales en tant qu’employeurs de leurs agents (ATSEM, personnels techniques, agents d’entretien) mais s’étend, par extension de responsabilité, à la sécurité des locaux qu’elles mettent à disposition des élèves.

Le SNALC résume clairement l’état du droit :« s’il n’existe pas de seuil réglementaire de température, maximale ou minimale, imposant l’interruption d’une activité scolaire ou la fermeture d’un établissement, les professeurs sont amenés à faire preuve de bon sens » un principe qui s’applique symétriquement aux collectivités gestionnaires des bâtiments.


Ce que prévoit concrètement le Code du travail

Plusieurs articles encadrent indirectement la question, sans fixer de seuil de chaleur précis :

  • Les articles R4223-13, 14 et 15 du Code du travail imposent que les locaux de travail soient « en toute saison, maintenus à une température adaptée ».
  • L’article R241-26 du Code de l’énergie fixe une limite supérieure de température de chauffage (19°C en moyenne, 22°C pour les locaux accueillant des enfants en bas âge) une disposition pensée pour l’hiver, pas pour la canicule estivale.



Le décret n° 2025-482 : une obligation nouvelle et structurante

Ce que change ce texte pour les collectivités

Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 constitue l’évolution réglementaire la plus significative de ces dernières années sur ce sujet. Il impose désormais aux employeurs publics dont les établissements scolaires et les collectivités qui les gèrent d’évaluer les risques liés aux épisodes de chaleur intense et de les intégrer dans leur Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP).

Le SNES précise que ce décret couvre désormais l’ensemble des « épisodes de chaleur extrême », qu’il s’agisse des vigilances jaune, orange ou rouge. Dès le déclenchement de ces vigilances, l’employeur doit mettre en œuvre des mesures de prévention adaptées, notamment :

  • L’adaptation de l’organisation du travail, des locaux et des horaires de travail ;
  • La mise en œuvre de moyens techniques pour réduire le rayonnement solaire ;
  • La mise à disposition d’eau potable fraîche et d’équipements de protection individuelle ;
  • L’information et la formation adéquates des personnels.

Le syndicat ajoute un point juridique important :« si aucune modalité d’aménagement ne permet l’accueil des personnels et des élèves en toute sécurité, la question de la fermeture de l’établissement doit être posée ». Autrement dit, le DUERP devient un outil central pour objectiver la décision de fermeture, en l’absence de seuil légal de température.

Une obligation documentaire concrète

Ce DUERP, obligatoire pour tout employeur (y compris les collectivités locales gestionnaires de personnel affecté aux écoles), doit désormais explicitement recenser le risque « chaleur extrême » parmi les risques professionnels évalués, avec un plan d’actions de prévention associé, comme l’illustre la pratique déjà en place dans certaines organisations avec la mise à jour annuelle de ce document.



Le plan ministériel 2026 : de nouvelles obligations de diagnostic

La cartographie des écoles exposées, une obligation académique… qui implique les communes

Le plan ministériel de gestion des vagues de chaleur, publié en mai 2026, prévoit que chaque académie recense les écoles les plus exposées et établisse une cartographie des établissements vulnérables. Dans le premier degré, ce travail est mené par les inspecteurs de l’Éducation nationale (IEN) en lien direct avec les municipalités de leur circonscription, afin d’évaluer la vulnérabilité de chaque école et d’identifier les aménagements possibles, voire des solutions de relocalisation de l’enseignement.

Concrètement, cela signifie que les communes doivent être en mesure de fournir des données sur leur patrimoine scolaire (orientation des bâtiments, présence de protections solaires, qualité de la ventilation, etc.) et de participer activement à ce diagnostic partagé.

Une nuance scientifique importante à connaître

Une recherche récente menée par des chercheurs en physique du bâtiment souligne une limite de cette approche : au sein d’un même établissement, deux salles de classe peuvent connaître des températures très différentes selon leur étage et leur exposition. Un diagnostic « à l’échelle du bâtiment » ne suffit donc pas : les collectivités les plus rigoureuses ont intérêt à pousser l’analyse salle par salle pour prioriser efficacement leurs investissements.

Ce que les diagnostics doivent permettre d’identifier

Selon le plan ministériel, ces diagnostics doivent notamment permettre d’identifier :

  • Les zones les plus chaudes de chaque établissement ;
  • Les espaces de repli disponibles ;
  • Les points d’eau accessibles ;
  • Les locaux pouvant accueillir les élèves pendant les pics de chaleur ;
  • Les populations les plus vulnérables, notamment les élèves de maternelle.

L’objectif affiché par le ministère est également de prioriser les travaux de rénovation et d’adaptation du bâti scolaire, en lien avec les communes, propriétaires des écoles.



Le Décret BACS : une obligation technique souvent méconnue des collectivités

Un point réglementaire fréquemment ignoré des gestionnaires de patrimoine scolaire concerne le Décret BACS (Building Automation and Control Systems), qui transpose une exigence de la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments.

Les établissements d’enseignement sont explicitement concernés

Ce décret impose l’installation d’un système de Gestion Technique du Bâtiment (GTB) capable de piloter, mesurer, analyser et ajuster automatiquement les consommations d’énergie, dans tout bâtiment à usage tertiaire un périmètre qui couvre explicitement les établissements d’enseignement.

Trois conditions cumulatives déterminent l’assujettissement d’une collectivité :

  1. Le bâtiment est à usage tertiaire (ce qui inclut les écoles, collèges et lycées) ;
  2. Les équipements de chauffage, climatisation et ventilation (CVC) dépassent un seuil de puissance nominale utile : 290 kW depuis le 1er janvier 2025, et 70 kW à compter du 1er janvier 2027 ;
  3. Le bâtiment est neuf ou existant.

Pourquoi c’est directement lié à l’adaptation aux vagues de chaleur

Ce décret n’est pas qu’une contrainte administrative supplémentaire : une GTB conforme permet précisément de piloter finement la ventilation nocturne, la régulation thermique et l’optimisation énergétique des bâtiments scolaires des leviers essentiels pour lutter contre la surchauffe estivale, comme le confirment vos propres travaux méthodologiques sur les stratégies de rafraîchissement passif.

⚠️ Point de vigilance pour les collectivités : entre le premier audit d’ingénierie et la mise en service d’une GTB conforme, il faut compter 12 à 18 mois. Les collectivités gérant des restaurants scolaires, gymnases ou groupes scolaires avec des équipements CVC significatifs doivent anticiper dès maintenant leur mise en conformité avant l’échéance de 2027.



Ce que les collectivités doivent concrètement mettre en place

Un principe méthodologique : ne pas confondre urgence et stratégie durable

Votre propre méthodologie interne établit une hiérarchie claire des leviers d’action pour les collectivités : organiser → exploiter → protéger → solutions low-tech → travaux → climatisation ciblée. Ce principe évite l’écueil du « tout climatisation », qui n’est ni soutenable budgétairement pour les finances locales, ni toujours pertinent techniquement, tout en rappelant que l’inaction n’est plus une option envisageable.

Les obligations organisationnelles immédiates

En période de vigilance, les collectivités et directions d’établissement doivent, a minima :

  • Désigner un référent chargé de centraliser les décisions et de suivre l’évolution des températures ;
  • Assurer un suivi rigoureux via des relevés de température à différents moments de la journée ;
  • Communiquer ces informations à la mairie et aux autorités académiques compétentes ;
  • Documenter ces relevés dans le registre Santé et Sécurité au Travail (RSST) en cas de situation problématique persistante.

Les investissements structurels à anticiper

Au-delà de la gestion de crise, les collectivités propriétaires du bâti scolaire ont la responsabilité d’engager des travaux d’adaptation durable :

  • Isolation thermique des toitures et façades ;
  • Protections solaires sur les surfaces vitrées ;
  • Ventilation naturelle ou mécanique performante, couplée à une GTB conforme au Décret BACS ;
  • Végétalisation et désimperméabilisation des cours, pour réduire l’effet d’îlot de chaleur urbain ;
  • Priorisation des investissements sur la base des diagnostics salle par salle, plutôt qu’une approche uniforme du bâtiment.

Un enjeu qui dépasse le seul confort thermique

Pour les collectivités, la question dépasse largement le confort des bâtiments : elle touche à la continuité du service public et à la résilience des organisations locales. Chaque fermeture d’établissement entraîne des répercussions en cascade sur l’organisation des familles et l’activité économique du territoire. À l’inverse, des établissements scolaires bien adaptés peuvent devenir de véritables lieux de protection climatique pour les élèves, les personnels, et parfois même les habitants du quartier.



Ce qu’il faut retenir

ObligationQui est concerné ?Échéance
Intégration du risque chaleur extrême au DUERPTous les employeurs publics (dont collectivités gestionnaires de personnel scolaire)En vigueur depuis le décret du 27 mai 2025
Cartographie des écoles vulnérablesAcadémies, en lien avec les communesPlan ministériel 2026, en cours de déploiement
Mise en conformité GTB (Décret BACS)Bâtiments scolaires avec CVC > 290 kW (déjà applicable) ou > 70 kW1er janvier 2027
Obligation de sécurité généraleToutes collectivités, en tant qu’employeurs et gestionnaires de locauxPermanente (Code du travail, art. L4121-1)

Quelques projets

Voici quelques exemples concrets de réalisations dans le milieu scolaire.

COLLÈGE COUZINET

LYCÉE LOUIS-ANTOINE DE BOUGAINVILLE

LYCÉE BRÉQUIGNY

LYCÉE DURZY

Logo de ALTEREA en couleurs RVB, incluant un pictogramme symbolique de l'entreprise.

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