
« À 40°C, je ferme les écoles », tranche sans détour Emmanuel Denis, maire de Tours. À quelques kilomètres de là, un autre maire tente au contraire de maintenir ses établissements ouverts le plus longtemps possible. Cette divergence, loin d’être anecdotique, illustre une réalité : en France, il n’existe aucune règle nationale automatique imposant la fermeture des écoles en cas de canicule.
La question « faut-il fermer les écoles ? » n’appelle donc pas une réponse unique, mais un arbitrage local, au cas par cas, entre plusieurs impératifs parfois contradictoires : protéger la santé des enfants, garantir la continuité du service public, éviter de pénaliser les familles qui ne peuvent pas s’organiser autrement. Cet article présente les arguments de chaque camp, s’appuie sur les chiffres réels de l’épisode caniculaire de juin 2026, et explique précisément qui décide et sur quels critères.
Premier élément à connaître : aucun texte ne fixe de seuil de température au-delà duquel une école devrait automatiquement fermer. L’Observatoire national de la sécurité et de l’accessibilité des établissements d’enseignement le confirme sans ambiguïté.
La circulaire du 27 mai 2026 relative au plan ministériel de gestion des vagues de chaleur précise que la fermeture d’un établissement scolaire peut être décidée « en cas de canicule extrême et en l’absence de toute modalité d’aménagement permettant l’accueil des élèves et personnels en toute sécurité ». Cette faculté s’appuie sur des textes précis du Code général des collectivités territoriales : les articles L. 2212-2, L. 2212-4 et L. 2215-1, qui donnent au maire et au préfet des pouvoirs de police administrative générale.
La décision doit résulter « d’un dialogue entre le préfet, les autorités académiques et le maire », et conserver un caractère exceptionnel et proportionné à la situation.
| Niveau scolaire | Autorité compétente |
|---|---|
| École maternelle et élémentaire | Le maire, via son pouvoir de police, éventuellement en lien avec le préfet |
| Collège et lycée | Le chef d’établissement peut interdire l’accès aux locaux |
| Cas extrême, tout niveau | Le préfet de département |
Le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a résumé cette organisation en juin 2026 : « Le cadre est fixé au niveau national, il est connu, travaillé, anticipé, tout le monde l’a. Ensuite, c’est au niveau local que ça se décide. » Et d’ajouter : « Ce sont des choses qui ne se règlent pas comme du papier à musique depuis la rue de Grenelle. »
Le maire peut, dans l’exercice de ses pouvoirs de police, adopter des mesures plus rigoureuses que celles arrêtées par l’État si la situation locale le justifie un principe confirmé par une jurisprudence historique du Conseil d’État (CE, 18 avril 1902, Commune de Néris-les-Bains).
Pour de nombreux élus, la question ne se pose même pas au-delà d’un certain seuil. Emmanuel Denis, maire de Tours, est catégorique : « Quand la chaleur s’installe durablement, il arrive un moment où, quand il fait 40°C dehors, il fait aussi 40 dedans. Et, à ce niveau, moi je ferme car je refuse de prendre un risque pour les enfants. »
À Provins (Seine-et-Marne), le maire Olivier Lavenka a fait le même choix lors de l’épisode de 2025 : « On a considéré qu’à 38 ou 39°C, les élèves ne pouvaient pas décemment rester en classe. »
Plusieurs constats techniques renforcent cet argument : isolation insuffisante, manque d’espaces ombragés, ventilation limitée, cours de récréation fortement minéralisées, absence de solutions de rafraîchissement adaptées. Face à ces limites structurelles, la fermeture apparaît pour certains élus comme la seule mesure réellement protectrice à court terme.
Au-delà du choix politique, une obligation juridique pèse sur les écoles : elles doivent garantir la santé et la sécurité des élèves, ce qui inclut d’assurer une ventilation correcte, une température supportable et des dispositifs de rafraîchissement adaptés. Si ces conditions ne peuvent être garanties, la fermeture devient une réponse à cette obligation de sécurité plutôt qu’un choix arbitraire.
Le ministre de l’Éducation nationale a rappelé un principe fondamental qui guide la doctrine nationale : « il y a une règle, la continuité du service public, ça, c’est le principe. » Fermer massivement les écoles fait peser sur les familles une charge organisationnelle considérable, en particulier pour les parents qui ne peuvent pas télétravailler.
Argument régulièrement mis en avant par le ministère : dans de nombreuses communes, l’école ou le collège demeure « l’endroit le plus frais de tout le quartier ». Y envoyer les enfants peut ainsi contribuer à « sauvegarder » leur bien-être et leur santé, plutôt que de les renvoyer vers des logements parfois mal isolés et plus chauds encore que les salles de classe.
Un reportage du Monde publié en juin 2026 documente précisément ce point : à Courbevoie, la fermeture décidée par la mairie a mis en difficulté des parents sans solution de garde alternative. « Comment font les parents qui ne peuvent pas télétravailler ? Pourquoi aucun lieu frais n’a été prévu dans la ville pour accueillir les enfants ? », s’interroge une mère de famille citée dans l’article.
À Lyon, la position est radicalement différente : la ville n’envisage la fermeture d’aucune de ses 207 écoles, misant plutôt sur des solutions d’adaptation. Cette divergence illustre le débat de fond : la fermeture doit-elle être une réponse de premier recours, ou seulement une mesure d’exception une fois toutes les alternatives épuisées ?
L’épisode caniculaire de juin 2026, qualifié « d’intensité exceptionnelle » par Météo-France, a mis à l’épreuve l’ensemble du système scolaire français, avec des chiffres en constante évolution jour après jour :
| Date | Écoles/collèges fermés | Établissements aux horaires aménagés |
|---|---|---|
| 19 juin 2026 | 784 (fermés ou horaires aménagés) | — |
| 21 juin 2026 | 845 | 1 800 |
| 22 juin 2026 | 845 (confirmé) | 1 800 |
| 25 juin 2026 (cumul sur la semaine) | 3 500 (fermeture totale à un moment donné) | 13 500 au total sur la semaine (près d’un quart des établissements du pays) |
Certains départements ont été particulièrement touchés : en Normandie, 85 écoles et collèges ont fermé leurs portes en une seule journée. Dans les Ardennes, plusieurs communes ont fermé l’après-midi seulement, tandis que l’académie de Reims invitait les familles de 23 écoles à garder leurs enfants à domicile tout en maintenant un accueil périscolaire.
L’année précédente, en juin 2025, 2 200 écoles françaises avaient déjà été contraintes de fermer en pleine période de fortes chaleurs, dont celles de Tours, restées portes closes l’après-midi.
Contrairement à une idée répandue, il n’existe pas de règle nationale imposant la fermeture automatique de toutes les écoles lors d’un épisode de canicule. Les décisions sont prises à l’échelle locale, par les maires, les préfectures, les collectivités ou les services académiques, ce qui peut conduire à des situations en apparence incohérentes.
On observe ainsi régulièrement :
Le maire de Provins, Olivier Lavenka, reconnaît lui-même cette hétérogénéité : les établissements mieux isolés affichent « quatre ou cinq degrés en moins » par rapport aux autres écoles de sa commune un écart suffisant, dans certains cas, pour justifier un maintien de l’ouverture dans un bâtiment et une fermeture dans un autre.
Un constat revient régulièrement dans plusieurs communes : environ 80 % des écoles ne sont pas équipées pour faire face à ces épisodes. Cette réalité pousse certains maires, comme à Provins, à étudier l’installation d’une salle climatisée par école un investissement chiffré à environ 300 000 euros, jugé cependant insuffisant pour « régler le fond du problème ».
Tant que l’école n’est pas officiellement fermée, l’obligation d’assiduité scolaire s’applique : un enfant inscrit doit assister aux cours prévus dans son emploi du temps, sauf autorisation d’absence. Vous devez justifier toute absence de votre enfant, quels qu’en soient la date et le motif.
La canicule ne figure pas explicitement parmi les motifs d’absence listés par le Code de l’éducation (maladie, réunion de famille, problème de transport). Elle relève cependant de la clause « tout autre motif d’absence peut être examiné et faire l’objet d’une autorisation d’absence par les services de l’éducation nationale ».
Le ministère a explicitement reconnu cette tolérance : lors de l’épisode de juin 2026, une consigne de « bienveillance » a été diffusée envers les familles qui décideraient de garder leurs enfants à la maison. Un simple mot ou mail des parents peut suffire à justifier l’absence, si la direction l’accepte comme motif valable sans qu’un certificat médical soit nécessaire (celui-ci n’étant exigé qu’en cas de maladie contagieuse).
Point de vigilance : garder son enfant à la maison sans prévenir l’établissement reste considéré comme une absence non justifiée, et peut théoriquement exposer à un contrôle de l’assiduité scolaire en cas de répétition.
Le ministère a également prévu des adaptations spécifiques pour les épreuves d’examen en cas de canicule : en juin 2026, les épreuves orales du baccalauréat prévues l’après-midi ont pu être reportées localement, et l’épreuve de français du Diplôme National du Brevet a été maintenue avec des aménagements (deux pauses de 15 minutes, possibilité de sortir se rafraîchir, salles limitées à 10-15 candidats).
| Question | Réponse |
|---|---|
| Existe-t-il un seuil légal de température imposant la fermeture ? | Non, aucun seuil réglementaire n’existe |
| Qui décide de fermer une école primaire ? | Le maire, éventuellement en lien avec le préfet |
| Qui décide pour un collège ou lycée ? | Le chef d’établissement, ou le préfet en dernier recours |
| Nombre d’écoles fermées au pic de la canicule de juin 2026 | 845 fermées, 1 800 aux horaires aménagés (un jour donné) |
| Nombre cumulé sur toute la semaine de canicule (juin 2026) | Environ 3 500 fermetures totales, 13 500 établissements ayant adapté leur fonctionnement |
| Puis-je garder mon enfant sans justificatif médical ? | Oui, un mot des parents suffit généralement, sous tolérance de l’établissement |